27 avril 2008

Page 11

Les trois compagnons partirent donc en direction de la porte Nord de la ville . Le xélor marchait en tête , ses énormes souliers cerclés de métal résonnaient silencieusement à chacune de ses enjambées . Les épaisses semelles de cuir noir le relevaient d'une bonne dizaine de centimètres . Derrière lui , Arisugawa et Fiboot marchaient l'un à coté de l'autre en discutant de leurs vies passés , présentes , et futures . - Cela fait combien que vous arpentez les plaines de ce pays ? demanda Fiboot .
- Depuis mon adolescence , en fait , répondit Arisugawa . A l'époque , je n'avais pas mes seize ans révolus lorsque je suis partie de chez moi avec , pour équipements , une bourse et un sabre .
- Seize ans ? Bigre , moi qui n'a jamais dépassé les murailles de la cité plus d'une heure . Rien que le fait d'aller me réapprovisionner en herbe médicinale était une quête autrement plus dangereuse que celle que nous allons effectuer . Quelles raisons vous ont poussées à abandonner votre foyer ?
- Ma famille ... déclara Arisugawa d'un air sombre .
- Oh !... Excusez moi , vous n'avez pas à répondre à cette question . Je suis désolé .
- Vous ne pouviez pas savoir . Mon père , sur notre domaine familiale , imposait une dictature qui a fait mourir plusieurs de nos serviteurs de par sa dureté . Mes frères et moi avons grandi dans une atmosphère de pouvoir écrasant .
Fiboot ne disait plus rien et écoutait respectueusement le récit de son amie . Apparemment , cela lui faisait du bien d'en parler .
- J'ai grandi aux cotés de trois garçons , je suis la deuxième née de la famille . Notre quotidien , en dehors de l'école , était fait d'escapade pour échapper à l'environnement néfaste de notre maison . En dehors de mon père , qui , avec ses idées très arrêtés sur notre éducation , nous cueillait à coups de fouets dès qu'il le pouvait , il y avait ma mère , et ses coups de colères magistrales .
- Votre mère ...
- Ce n'était pas , à proprement parler , une méchante femme mais ... C'était une personne très stricte , qui ne supportait , d'aucune manière que ce soit , que l'on désobéisse à ses ordres , si anodin soit-il . Il y eut une fois ou , dans notre insouciance , et peut-être aussi dans notre grande bêtise , nous avons omis de rentrer à l'heure correct ou elle nous attendait , jour après jour , par habitude . Nous avions décidé de prolonger un après-midi trop peu étendu à notre gout et nous sommes rentrés avec plus de 60 minutes de retard sur l'horaire prévu . Mère nous attendait de pied ferme , et lorsque nous nous sommes présentés devant elle pour nous excuser , elle est entrée dans une furie destructrice . Elle a attrapé tout ce qui était à sa portée dans la cuisine et nous lança ces divers objets à la figure . Des ustensiles de cuisines , des produits alimentaires , mais surtout des couteaux , dont elle faisait la collection ...
Arisugawa releva la manche droite de son manteau et , sous les yeux horrifiés de Fiboot , exhiba une longue et fine cicatrice blanchâtre , depuis longtemps refermé , d'une vingtaine de centimètres , qui s'étalait sur tout son avant bras .
- Voici un des souvenirs du couteau à jambon de ma mère , conclut-elle en rabatant sa manche , ce fut aussi la dernière fois qu'elle me vit dans sa maison . Le soir même , je quittais ma maison pour ne plus jamais y revenir .

Posté par Lunakie à 21:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Page 11

Nouveau commentaire